Sigle PBP 1991, version tandem

CLAIR DE LUNE POUR DEUX TANDEMS

Mettant en scène:

Voilà, tout est en place. Bonne route avec nous!

C'est la nuit en Bretagne. Quelque part entre Paris et Brest, deux tandems roulent de conserve au clair de lune. L'un s'appelle Achille et habite le Québec, l'autre, Evinrud dit la Gazelle est de Paris. Roulent-ils vers Brest? En reviennent-ils? Je ne sais pas ou je ne sais plus... Le rêve s'efface et ses contours deviennent flous. Quatre passagers dorment à moitié, roulent et rient... Le reste du rêve est une série de flash, des bouts de film épars, des photos délavées, rassemblés dans ma tête... En voici quelques extraits.

Dans la maison Hégo, Normand et Régis mettent la dernière main aux éclairages des tandems. Ils s'affairent particulièrement autour d'Evinrud. René passe par toute une gamme d'émotion... Evinrud se relèvera-t-il à temps de l'opération?

Arrivée à Saint-Quentin, partout, des vélos, des cyclistes, des bénévoles souriants. On approche du lieu... un temple sacré? Une foire du vélo? Une rencontre internationale de quasi-fous? Un peu de tout çà. De la couleur en tout cas, de la chaleur, de la sympathie. Une fête s'y déroule. C'est certain. Le terrain du stade est un gigantesque stationnement pour vélo. Que de couleurs, que de diversité.

Les tandémistes se rendent à l'inspection. Tout va bien. Les lampes fonctionnent, nous avons une collection d'ampoules de rechange. Voilà, Achille a traversé le test préliminaire... place au vrai test. C'est le soir dans la maison Hégo. Les armes et bagages sont prêts. Les chevaliers et leur monture n'ont plus qu'à prier... Un repas copieux, bien arrosé. Peut-il en être autrement au pays de la gastronomie? Puis, la dernière bonne nuit de sommeil avant longtemps enveloppe les cinq humains et les deux tandems. Demain, l'aventure commence...

Commence? Mais n'est-elle pas commencée depuis longtemps? Depuis le soir où réunis tous ensemble dans la maison Hégo, René avait ouvert son tiroir de souvenirs. Il avait sorti la plaquette et la médaille de PBP 1987. C'est alors qu'il eôt l'idée de rouler à quatre et en tandem... Que de rêves depuis. De brevets, de kilomètres, de sueurs froides et chaudes, de déception de savoir Régis hors combat, de préparations, d'achats divers, de bricolage mécanique, de coups de téléphones et d'échanges de lettres. De temps... Et puis voilà que l'événement est là. Demain... le rêve à vivre...

Au matin, le réveil, les cuissards et les maillots. Puis les rues de Paris. Guidés par Evinrud, Achille suit, autant excité par la curiosité que par l'approche de l'événement. "Tout va bien aller. Nous le ferons..."

La place de l'Hôtel de ville est déjà une mer de cyclistes. Du français, bien sôr, mais aussi de l'anglais et d'autres langues chatouillent les oreilles. Ouverture du premier point de contrôle, premier coup de tampon... que c'est émouvant. Il fait chaud sous le soleil ardent. Les cyclistes sont joyeux. Pourrait-on croire qu'ils s'apprêtent à vivre des heures difficiles dans une atmosphère aussi débonnaire?

Retour à la maison Hégo. La soirée approche. Passagers et tandems sont nerveux chacun à sa manière, çà se sent... Les bagages sont re-vérifiés, re-tripotés. As-tu les ampoules de rechange? La pommade pour les fesses? Les rayons de secours? Les.... Les..... Eh oui, il faut repartir, refaire le trajet de la veille. L'auto est pleine à craquer. La nervosité est palpable. Tous sont sur le gros nerf, sauf Régis, comme toujours.

Bécots à Régis. A plus tard, cette nuit... Encore l'attente. Contrairement à ce qui avait été annoncé, les tandems ne partent pas devant. Le ciel est noir, les baudriers et chasubles luisent à la lueur des torches, et des lampadaires. Les Domenger sont hors de vue. Tant pis, on finira bien par se retrouver.

Il est plus de 22h00... ont-ils bougé là-bas? Ils montent en selle. Quelle heure est-il? Je ne sais plus. Je sais les battements de coeur, les lampes rouges et blanches, le roulement au pas. Puis soudain, la foule souriante, nombreuse et serrée de chaque côté de la rue. On entend: "bon courage", "bravo", "bonne nuit". La foule applaudit, semble porter ce flot de vélo sur ses bras, pour lui donner la poussée qui le mènera à Brest. Des rues sont bloquées par des policiers, gyrophares en action. Les vélos passent en rang compact.

Puis, graduellement, s'égrènent les maisons, elles se distancent de plus en plus. Les grappes de villes sont derrière et la campagne de tous côtés. La lune est là, avec son phare de route allumé. Elle brille, presque pleine sur la ligne noire de la route. Ligne trouée d'une multitude de brillants points rouges devant, et de brillants points blancs derrière. L'air est frais, il fait bon. La musique est commencée... Zrrrrrrr font les pneus sur le pavé, accompagnés du zzzizzzizzi des dynamos, de quelques couinements suspects, et du vvvvivvvvivvvv des moyeux. Des voix parfois, des conversations feutrées de salon, calmes et sereines comme la nuit qui entoure ce ruban. Parfois un chant, parfois un "René?" inquiet, suivi d'un "Oui, on est là". Une toile sombre, mais dans laquelle percent la gaîté, le calme et les lumières ponctuelles.

Soudain, Simone s'inquiète. Quelque chose ne va pas avec le pneu arrière. Avec un bruit de détonation, le pneu éclate... au 63e kilomètre. Tout autour, une rase campagne, un champ où les récoltes ont été faites, de la terre. Evinrud est couché sur le flanc. René peste. Le temps est frais, avec la sueur qui perle dans le dos, c'est même frisquet. On ajoute une pelure sur les épaules. Une chaîne quasi continue de vélos les frôlent, eux qui sont au bord de la route (et d'un fossé). La route les happe à nouveau. Ils roulent, ils roulent.

Une aquarelle, au ton de blanc, de gris, la route argentée de lune, les silhouettes nocturnes. Puis: "Normand, regarde ces maisons". Eh oui, elles ressemblent aux vieilles demeures des anciens foyers de peuplement du Québec, le long du fleuve Saint-Laurent et à l'île d'Orléans... Mortagne au Perche n'est plus très loin. De nombreux ancêtres québécois ont quitté ce pays pour la Nouvelle-France. A un moment donné, le parcours frôle presque Tourouvre, à peine 20 km par là. Normand et Sylvie se retrouvent au berceau des Gagnon et des Brunet... Leurs ancêtres se sont peut-être connus là-bas, avant de traverser la mer...

La mer... elle est encore loin... Ici, c'est Longny au Perche, où des gens sont encore debout malgré l'heure tardive. Ils sont là pour crier leurs encouragement aux cyclos qui ont traversé leurs rues toute la nuit. Au détour d'une courbe, à la sortie du village, une pente raide et une église, avec son cimetière. Des cyclos prennent déjà du repos. Ce ne sera pas leur dernier.

La cafétéria de Mortagne au Perche: des cafés, de la nourriture. Une table ronde, sommairement nappée de papier où d'autres ont laissé des traces. La fumée de cigarette de Joseph, un membre du clan ASPTT Paris, un décor irréel, comme dans les brumes d'un rêve...

La route encore, çà roule, çà roule. Quelque part, au détour d'une courbe, au creux d'un vallon, la lueur de l'aube pointe son nez. Puis maître soleil réapparaît. C'est le matin. Un patelin: Saint Rémy du Val. Un café est ouvert. Déjà plusieurs cyclos ont accoté leurs vélos sur son mur. Les cavaliers ont besoin de café. Les tandems accostés ils entrent dans l'établissement. Le patron et la patronne ne savent plus où donner de la tête. Elle ramasse les tasses sales sitôt terminées. Ils manquent de vaisselle. En haut de l'escalier, de jeunes enfants en pyjama rient de ce brouhaha et de cette agitation inhabituelle. Comme ils sont bizarres ces clients.

Voici maintenant la Mayenne, la "mayonnaise" comme dit Normand. Le soleil cuit les peaux. L'eau des bidons n'a pas le temps de moisir... Et çà roule, çà roule... Jusqu'à Fougères, où les odeurs de la ville, pots d'échappement et asphalte chaud, accueillent les cyclos. Il faut presque faire le tour de la ville (Tiens, un château!) pour rejoindre le point de contrôle.

Au départ du contrôle, il faut retraverser la ville (Tiens, un château!). Rose-Mary, une copine américaine rencontrée au point de contrôle, est déjà loin. Soudain Clac! Un rayon d'Evinrud viens de rendre l'âme. René grogne et dit de vilains mots...

Cyclo-campeurs contemplatifs, Normand et Sylvie, ont l'habitude d'étudier soigneusement les cartes quand ils voyagent. En ce moment, ils suivent des panneaux jaunes à flèche verte... C'est comme çà qu'ils n'ont rien vu lorsque la roue avant d'Achille a pénétré en Bretagne. Pour Sylvie, la Bretagne a donc débutée avec un panneau de village: Sens-de-Bretagne.

Çà roule toujours. C'est maintenant Tinténiac, et son sympathique contrôle. Régis a acheté des provisions. Elles sont partagées avec Joseph. Pique-nique dans un pré. Soudain, clac! Encore un rayon de la roue avant d'Evinrud. Et pendant qu'il est au repos par dessus le marché! René est tout rouge: "Je suis maudit!" Des rayons sont achetés illico au point de contrôle. Joseph ronfle. Il se fait tirer l'oreille. Il aimerait mieux rester sur la paille!

Joseph traîne la patte. Soudain, il renonce. Les autres tentent de le convaincre de rester. Non, il sent que çà ne va pas. Et il repart en sens inverse.

C'est de nouveau la nuit. Çà roule toujours "René?" "Ouais!". Et çà roule encore... "René?"... pas de réponse. Achille s'arrête sur le côté. Au bout d'un moment quelqu'un dit "Ils sont avec vous le tandem?" "Oui" "Ils sont arrêtés quelques centaines de mètres en arrière." Achille retourne dans le sens inverse.

Ils sont là! Ils ont la face longue. René est énervé. Décidément, Evinrud est toujours cassé. Un tandem tout neuf! Le mal est profond. C'est le boîtier de pédalier arrière qui fait des siennes. Normand, réussit à remettre les choses en état de rouler... du moins jusqu'au prochain contrôle...

Quelque part dans la nuit, ils croisent des cyclistes qui reviennent de Brest. La route les tire jusqu'au point de contrôle de Loudéac. Au milieu de la nuit, un repas copieux. à la sortie de Loudéac, la route est toujours plongée dans la nuit. Imperceptiblement, elle monte. Çà roule moins bien. Le sommeil gagne Normand, puis René. On aperçoit des meules de paille dans un champ. Il est temps de piquer un somme de quinze minutes. Sous la pâleur de la lune, deux ballots de pailles sont couchés au sol. Les tandems reposent sur leur côté. Les couvertures de survie sont extirpées des sacoches. René cherche les siennes, il ne les retrouvera que le surlendemain... dans sa sacoche bien sôr! En attendant, Normand et Sylvie qui en ont deux lui en offre une.

Ils grimpent sur les ballots, et déplient les couvertures. Celle de Normand et Sylvie est un modèle de compacité... Quelques rires plus tard, les voilà couchés à la belle étoile, avec la lune comme veilleuse. Vzouvzouvzou font les vélos qui passent inlassablement sur la route...

Encore des bouts de nuits, des bouts de sommeil, puis, c'est Carhaix, au petit matin. Plus question de dormir. Après le pointage, c'est la douche à l'hôtel où Régis, déjà debout, a dormi. Après coup, tous avalent un petit déjeuner, un vrai! Tout est remballé. Une tentative de réparer le boîtier d'Evinrud échoue. Régis est chargé d'acheter ce qu'il faut pour le réparer.

Brest commence à se faire désirer. La chaleur est vite écrasante. Çà monte, çà descend, çà roule toujours... Et puis, comme un mirage au milieu de ce rêve fou: le roc Trévezel. La montée en haut du roc en valait la peine. C'est beau, l'oeil s'y plaît. L'horizon y est délicatement ciselé. Il y a du vent, ça rafraîchit.

Un américain à moitié mort s'accroche à Achille dans la descente. Il est appuyé sur son guidon profilé, les mains loin des freins. Brrrrr!!! Beaucoup de vélos se seront accrochés aux tandems pendant ces 1200 km... Ce n'est pas par manque de générosité, mais il y a des fois où çà devient frustrant... Certes, les tandems offrent une bonne protection, mais parfois, les gens semblent oublier que les tandémistes aussi doivent pédaler! Même en tandem c'est dur! Et jamais personne ne pense à remorquer un tandem... On leur suce la roue, le temps de se reposer, puis on les dépasse à toute vitesse, sans leur rendre la pareille...

L'équipage négocie maintenant l'approche du port de Brest. D'abord, c'est Landerneau, avec sa forêt agréable. René se rappelle d'une côte terrible... Elle ne viendra jamais... sauf au retour, où elle sera descendue.

Enfin, le port de plaisance de Brest! Les voiliers, la mer, le soleil. On aurait presque le goût d'y rester, mais il faut continuer. Malheureusement, après cette vision de vacances estivales, il faut se taper de trop nombreuses voies ferrées. Après cette course à obstacle, voici finalement le point de contrôle. La moitié du contrat est rempli.

Les cartes sont pointées. Le point de contrôle a l'air du lieu d'un sinistre. Les cyclistes ont jonché le sol de divers détritus. C'est comme si un ouragan avait soufflé. Les tandémistes et leur complice font la pause bouffe. Il faut ensuite effectuer l'opération à coeur ouvert sur le boîtier de pédalier d'Evinrud. Les trois hommes s'en occupent. Ils nettoient, graissent, mettent des billes neuves, remontent et réajustent.

De nouveau le départ. Même s'il s'agit du retour, les chevaux ne sentent pas encore l'écurie. Ce ne sera pas de la tarte, le temps commence à presser, et le vent est contraire...

Et c'est de nouveau le roc Trévezel, superbe dans la lumière plus tardive. Les tandems progressent toujours. Evinrud claque un autre rayon, à l'arrière, mais les rayons de rechange ne sont pas dans la sacoche...

De retour à Carhaix. Il faut réparer la roue où manque un rayon. René vire l'auto à l'envers pour trouver ses rayons de rechange... dans la sacoche...

La route menant à Loudéac, au milieu de la nuit. Pour trouer la noirceur, la lune, et les phares des vélos. La route est un peu plus roulante. Soudain, Normand dévie vers la gauche. Docile, Achille obéit. Normand dévie de plus en plus sur la gauche, et s'en va vers le fossé. Une auto arrive en face... "Normand!!!" hurle Sylvie! Il se réveille en sursaut et reprend la droite. Le sommeil gagne maintenant les quatres tandémistes. Dur de garder les yeux ouverts. Normand demande à Sylvie de le pincer. "Ouch!!"

La nuit toujours. La route descend. Dans le creux d'une vallée, une lueur orangée. C'est Loudéac! Enfin! Et non, c'était Uzel, toute jolie avec ses vieux murs éclairés au sodium.

Enfin, voici Loudéac. Cette fois c'est vrai! Scène toute empreinte de traits tirés, de visages endormis, de cyclistes couchés partout. Certains sont enroulés dans des couvertures, d'autres sont couchés à même le sol. Ils sont partout, à l'extérieur comme à l'intérieur des bâtiments du point de contrôle.

Les Domenger sont là. Trois tandems repartent. Se faufilant dans la nuit, ils tentent de se suivre et de ne pas se faire accidenter par des cyclistes en mauvais état. Les silhouettes des arbres brossent de singuliers tableaux: la lune leur donne forme de têtes humaines, de corps d'hommes ou d'animaux. Sont-ce des Korrigans? Le matin les surprend sur la route. Ils traversent un village avec les gestes et les odeurs du réveil accrochées aux maisons.

Tinténiac et son contrôle sympathique attendent encore le retour des cyclos. C'est là qu'Alain et Colette apercevront un cyclo tenant son sandwich, et qui s'est endormi dessus au moment de mordre dedans! Après restauration, çà repart.

C'est le soir encore, et ils roulent, roulent. Villaine la Juhel, au point de contrôle: la routine habituelle. Andrew (le nouvel époux de Rose-Mary) est là, il leur apprend la nouvelle: Rose a abandonné. Il faut encore dormir. Les Domenger vont se trouver un coin de paille, les autres retrouvent l'auto. Ils y dorment 2h00. C'est trop. Ils repartent dans la nuit. On tente de se tenir réveiller, avec des rires et des conversations sur tout et sur rien.

Sylvie a besoin d'un petit coin. Achille s'immobilise. Sylvie s'aperçoit que son chum va tomber. Accoté sur le sac à guidon, il vacille. "Couche le tandem, et assieds-toi un peu" ordonne-t-elle. C'est un coup de trop. Une baisse d'énergie traversant son corps, Normand s'écroule, secoué de sanglots et de frissons. René et Simone rappliquent. On dorlote Normand, on le frictionne. On lui prépare sur le champ de la potion magique avec la poudre de perlimpinpin énergétique. On fouille dans les poches de maillots pour trouver les restes de galettes et de biscuits.

Il fait froid, mais Normand a plus que froid. Avec toutes les couches disponibles sur son corps, c'est reparti. La lune est toujours aussi blanche. Les côtés de la route sont jonchés, çà et là de cyclistes qui dorment, leur vélo à côté. Celui-ci a la tête sur la route, cet autre a laissé sa lampe à pile allumée. Elle clignote, rouge et hallucinante sur le corps de l'homme épuisé.

Une ville dans la nuit. Décision de dormir près de l'usine. Partout dans cette ville, des cyclistes qui dorment. Sur le trottoir, accotés aux murs des maisons... Des couvertures de survie brillent dans la nuit. Normand et Simone prennent chacun un banc. Sylvie opte pour l'asphalte tiède. René avise un bout de gazon lui aussi encore tiède de soleil, malgré l'heure creuse de la nuit. Bip-bip bip-bip... quinze minutes sont passées, il faut repartir.

Le dernier matin de la randonnée se lève. La progression est pénible. Normand n'en peut plus, mais il continue à donner tout son jus. La situation est critique. Engueulade du couple montréalais sur le bord de la route. Vont-ils abandonner?

Le paysage est à nouveau doré. Mortagne au Perche n'est plus loin. René et Simone décident de se rendre au point de contrôle. Après leur départ, le vent et le silence de la campagne semble pesant. Sylvie a une crise de désespoir. Pleurant, elle hurle que tout est fini, que toutes ces années, tous ces efforts ont été inutiles... Mais ils pédalent encore. Un pauvre américain qui les dépasse leur prodigue des encouragements, mais Sylvie est intraitable...

Soudain, elle sent que le point de contrôle n'est plus loin "Ah non, c'est trop con! On va l'atteindre attend" Et l'adrénaline de Sylvie fait son effet, elle pousse, tire. Il y a une bosse à l'entrée? Ce n'est rien! Elle s'arc-boute et ils grimpent. Ce coup de coeur les mène au point de contrôle. Ils rejoignent René et Simome occupés à pointer. Ils aprennent qu'une heure supplémentaire a été accordée aux participant du départ de 22h00.

Et çà repart. En face, un vent à écorner les boeufs. Il se déchaîne dans les champs où les récoltes ont laissé la terre nue, et sans protection. Cela crée un espace immense où la force du vent en fait baver... La poussière fouette les visages.

Il vente encore et toujours. Les deux tandems se suivent, René en tête. Ils roulent et roulent. Enfin le groupe arrive à Nogent le Roi, contrôle ravitaillement, et contrôle secret. Le soleil est haut. "Vous avez une heure de plus", disent les contrôleurs. René veut arrêter, il a son voyage. "C'est fou de s'arrêter là", dit un cycliste inconnu, "Il reste à peine 60 km...". René est convaincu de continuer. De toute façon, il y a un délai de 2h00. Décision est prise d'en profiter pour se reposer un peu.

C'est le dernier droit qui s'engage, la dernière lutte. Le vent de face est insoutenable, mais il faut pourtant le soutenir. Des champs, une forêt, des champs. Le paysage devient monotone. Il est plus que temps que çà finisse.

La ville se densifie. L'approche du gymnase semble interminable. Puis, c'est le stade, il reste encore des gens massés près de l'arrivée, et ils encouragent les cyclos.

"Vite! Il est encore temps" crie quelqu'un. Ils courent le plus vite possible, arrivent devant les contrôleurs. Les cartes sont pointées une dernière fois, une rose pour Simone, une rose pour Sylvie. Voilà, c'est fini, c'est fait, c'est réussi. 91h30 plus tard, les voilà de retour.

Régis est là, toujours aussi flegmatiquement calme. Les quatres tandémistes, puants de fatigue et de sueurs n'ont plus la force de s'énerver. Aucune exhubérance, mais ils sont contents et tranquilles. Ils ont fini.

Quatre tandémistes dorment dans une petite auto, sur laquelle deux tandems dorment debout... L'auto roule vers Paris. Vers la maison Hégo. Bientôt, ils prendront une douche, boiront à ce qu'ils viennent d'accomplir, et mangeront avant de DORMIR... enfin!

C'est durant le temps des fêtes, que la mauvaise nouvelle arriva de Paris: ils n'étaient pas homologués. Contrairement à ce qu'ils avaient pensé, il n'y avait pas eu une heure de plus pour le départ de 22h00 et une autre heure pour le vent. Les organisateurs avait accordé une heure supplémentaire seulement. Ils étaient hors délais...

Déception, bien sôr, surtout qu'avec un petit coup de coeur, ils seraient répartis plus tôt de Nogent, ils auraient fait ceci, n'auraient pas fait cela. S'ils avaient su... si, si, si,...

En fin de compte, oui, on l'a fait, et puis, on s'est amusé en plus! Je n'oublierai jamais les blagues de René et de Normand, les rires de Simone. Mais aussi, la patience de Régis. Il n'a pas beaucoup dormi, lui n'ont plus. Il s'est dévoué en diable. Toujours attentif à nos petits caprices, à nos besoins... Merci Régis.

Je n'oublierai jamais non plus l'auberge des deux ballots. Et dans ma tête quand on me parle de PBP, je revois deux tandems, qui roulent de conserve, au clair de lune. était-ce entre Brest et Paris, était-ce entre Paris et Brest? Je ne sais pas, je ne sais plus...

Sylvie Brunet


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La page [ http://www.rogergravel.com/lucb_pages_n/cvrm_pbp91_tandem.html ] a été rédigée par Sylvie Brunet, du Club vélo randonneurs de Montréal.
Date de la dernière mise à jour: 26 avril 2002. Commentaires ou messages